A. Dans la société

  • L’indépendance professionnelle

Le plus gros changement effectué après les deux grandes guerres a été l’acquisition d’une certaine liberté chez les femmes. Cette mutation a débutée dès la fin de la première guerre mais elle a été radicale avec la seconde guerre mondiale. En effet après quatre ans de guerres, les hommes reviennent dans leur foyer. Déjà lorsqu’ils étaient au front, les échos des changements de mentalités des femmes par rapport au travail et à sa place dans la société et la famille leur parviennent à travers des articles de journaux de combattants. Ils souhaitent retrouver la « douceur féminine » après toutes les horreurs de la guerre et des tranchées, et craignent maintenant de toujours devoir affronter leurs épouses dans le monde du travail ou sur le plan politique. Pourtant, certaines femmes, et en grand nombre même, acceptent tout simplement de cesser leur travail et de retourner au foyer, que l’on leur demande de gré ou de force. D’ailleurs, le ministre de l’époque, Louis Loucheur, publie un avis le leur demandant. Ainsi, celles qui quitteront leur travail dans les trois semaines suivant la démobilisation recevront un mois de salaire pour compenser. Parfois les employeurs n’hésitent pas à licencier ces femmes qu’ils craignent tant. La femme est hélas encore considérée comme une mineure juridique par le code civil et n’a aucun droit sur les biens du ménage ou même sur ses propres enfants.  Mais ce n'est pas pour autant qu'elles auront le même comportement vis à vis de l'homme. "Ils ont quitté des épouses, ils retrouvent des associées" assure le Guide de Paris (page 10), car la femme a pu prouver qu'elle était capable de gagner son salaire et d'en disposer comme elle l'entendait durant la guerre. Elles se sont positionnées en vrai chef de famille. Pourtant, beaucoup d'hommes sont humiliés par cette situation et la vie conjugale ne fut pas des plus faciles suite à ces grands changements.

  • La mode

Par la suite, avec le temps des nouvelles distractions, de la vie gaie et rapide et l’envie incroyable d’oublier les souffrances de la grande guerre, la femme changera aussi ses loisirs, son habillement, et sa place dans la vie de tous les jours. Elle ne veut plus d'enfants qui puissent l'empêcher de vivre sa vie et prend par rapport à l'homme une attitude plus indépendante, comme dans cette chanson populaire :

 

C'est elle qui ordonne

C'est elle qu'est patronne

C'est moi qu'elle fait marcher!

C'est elle qui commande

C'est elle qui marchande

Et moi j'ai l'droit d'les lâcher.

C'est elle qui pilote

C'est elle qui capote

C'est moi qui vais su'l'gazon!

Quand je n'suis pas en smoking

Elle va toute seule au dancing

Il paraît que ça n'a rien de shoking

[...]

 

Avant la guerre, les différences, voulues, d'habillements entre des bourgeois et des gens du peuple ou des employés étaient faciles à reconnaître. Par la suite, les modes qui sont proposées dans la haute société s'étendent dans le reste de la population, car avec le nombre de femmes qui travaillent comme employées, dactylos et vendeuses, il s'agit de s'habiller soigneusement. Aussi, avec les inventions de tissus et de textiles moins chers, la mode est beaucoup plus accessible. Coco Chanel bouleverse alors les traditions pour créer un nouveau style plus adapté aux femmes.

 

Des femmes habillées selon le style de Coco Chanel. Elles sont vêtues de jersey, nouvelle matière à l’époque. Source : Site des années folles

 

Pour la femme, les changements de modes vont traduire les changements dans sa vie. Elle commence à conduire, fait du sport, danse et sort le soir, va voir des spectacles fréquemment et bien sûr travaille.

 

Source : Site des années folles

Parallèlement, l’homme démobilisé ne cherche plus une femme pour fonder une famille mais plutôt une compagne, d’où l’ambiguïté de la garçonne. Finis les corsets, oubliées les multiples couches de tissus lourds, la silhouette de la femme moderne est simplifié, libre et sobre. Le côté masculin de cette nouvelle mode est dans les lignes droites, les volants et les rubans en moins, la taille sur les hanches et les poitrines aplaties. La distinction entre les différents âges disparaît. Colette décrit la femme des années vingt ainsi : « Vue de dos, elle a dix ou douze ans, comme beaucoup de femmes d’aujourd’hui. De face elle semble un peu fatiguée de jouer si longtemps à la petite fille ». En plus, son corps s’affermit par la pratique du sport. Que ce soit en simple robe droite ou en pantalon, le noir est porté quelle que soit l’heure de la journée ou l’occasion, et le chapeau “ cloche ”, si bas sur les yeux, empêche presque que l’on puisse identifier celle qui le porte. Lors des soirées, elle cache ses cheveux sous des rubans, à part un accroche-cœur, laisse apparentes ses oreilles ornées de longues boucles et porte de grands colliers de perles vraies ou fausses.  Malgré les interdictions des mères de familles encore très sévères ou de certains maris, la femme se maquille de plus en plus, fume, avec parfois un long fume-cigarette, boit diverses liqueurs ou cocktails, mais surtout, ce qui choque énormément à l’époque et en plus lui aggrave la voix, sort seule ou avec des hommes dans des cafés et des boîtes de nuit. Enfin, elle se coupe les cheveux très courts.

Source : Site des années folles

  • L’avortement

Les lois sont dures envers les femmes. Comme la population a diminué à cause de tous les morts de la guerre et que le taux de natalité baisse, que ce soit à cause des hommes manquant ou de la femme, l’avortement est toujours considéré comme un crime et que la propagande anticonceptionnelle interdite. Il faudra attendre 1975 pour que l’avortement soit légalisé. La femme se voit plus libre de disposer de son corps comme elle l’entend.  Pourtant les avortements clandestins sont moins nombreux.

 

Ceci est la reproduction d’une affiche parue en 1978 de la Confédération Nationale Française du planning familial. Source : AFP

 

Une autre image courante de la femme après cette guerre est celle de la veuve, âgée ou jeune car mariée juste avant la guerre, qui ne peuvent refaire leur vie et qui souvent s’occupent seules d’un ou plusieurs enfants. Elles reçoivent une petite aide de la part de l’Etat mais ont le devoir de fidélité envers le défunt et mènent une vie de sacrifice et solitaire. Vers la fin des années vingt, le statut de la femme va à nouveau régresser, surtout en Europe, où le modèle traditionnel de la femme n’a pas complètement disparu. L’absence d’organisations féminines et la crise de 1929 vont être les raisons de cette régression. Seules quelques privilégiées auront gardé leur liberté.

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