B. Le rôle économique

 

  • Les munitionnettes

Jusqu’en 1914, les militants ouvriers étaient opposés au travail des femmes dans l’industrie. Ils souhaitaient, en tenant les femmes éloignées des métiers masculins, maintenir leur domination patriarcale. Mais au départ de leur mari pour le front en 1914, beaucoup de femmes se retrouvent sans ressources. Les aides de l’Etat n’étant pas suffisantes pour subvenir à leurs besoins, elle sont alors contraintes de partir à la recherche d’un emploi. Dès 1915 via à l’appel de Viviani, l’Etat incite les industriels à employer de la main d’œuvre féminine.

Ce qui fut nouveau et frappa les esprits fut l’embauche des femmes dans les usines d’armement comme les usines Schneider au Creusot. Ces jeunes femmes furent bientôt appelées « munitionnettes » ou « obusettes » puisque leur travail consistait à fabriquer les munitions et des obus. Les industriels doivent alors moderniser leur outillage et réorganiser le travail pour l’adapter à cette nouvelle main d’œuvre. Ils affectent les ouvrières à des tâches délimitées et organisent la production en série : travail à la chaîne. On découvre les « qualités féminines » : aptitude aux travaux monotones, patience et habileté à tel point que les « munitionnettes » sont les mieux payées des femmes. En effet, les écarts moyens de salaires entre les ouvriers masculins et elles se réduisent de 50 % en 1913 à 20 % en 1917.

A la fin de la Première Guerre, on compte 420 000 ouvrières dans l’industrie militaire en France, un million en Grande-Bretagne. Elles représentent 25% de la main d’œuvre d’armement alors qu’à la veille de la guerre, elles ne représentaient que 6 à 7 % de la main d’œuvre totale. Elles auront fabriqué 300 millions d’obus et plus de 6 milliards de cartouches pour l’industrie. Les ouvrières donnent très vite satisfaction et le maréchal Joffre, un officier militaire français, aurait même déclaré « Si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre ».

Photographie de munitionnnettes au travail en 1915 

  Photographie de munitionnnettes au travail en 1915

  Tableau des effectifs féminins dans les usines Renault Billancourt

Effectif salarié total Nombre de femmes salariées % de femmes au sein du perspnnel
Janvier 1914 4970 190 3,8
Décembre 1916 20157 3654 18,1
Printemps 1918 21400 3654 31,6

 D’après 14-18. Le magazine de la Grande Guerre, n°1, avril-mai 2001

 

  • Les munitionnettes selon la presse

Les munitionnettes étaient caricaturées par la presse par des dessins. Pleins d’humour, ces dessins donnaient un regard nouveau sur le travail féminin mais également sur le statut de la femme au sein de la famille et de la société.



 Mais leurs conditions de travail difficiles et déplorables ont de quoi faire peur à certaines femmes. A l’instar de la journaliste féministe  Marcelle Capy, qui travaille quelques semaines anonymement dans une industrie de guerre. Son témoignage est publié dans La Voix des femmes entre novembre 1917 et janvier 1918 :

"L'ouvrière, toujours debout, saisit l'obus, le porte sur l'appareil dont elle soulève la partie supérieure. L'engin en place, elle abaisse cette partie, vérifie les dimensions (c'est le but de l'opération), relève la cloche, prend l'obus et le dépose à gauche. Chaque obus pèse 7 kg. En temps de production normale, 2 500 obus passent en 11 heures entre ses mains. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en un jour 35 000 kg. Au bout de 3/4 d'heures, je me suis avouée vaincue. J'ai vu ma compagne toute frêle, toute jeune, toute gentille dans son grand tablier noir, poursuivre sa besogne. Elle est à la cloche depuis un an. 900 000 obus sont passés entre ses doigts. Elle a donc soulevé un fardeau de 7 millions de kilos. Arrivée fraiche et forte à l'usine, elle a perdu ses belles couleurs et n'est plus qu'une mince fillette épuisée. Je la regarde avec stupeur et ces mots résonnent dans ma tête: 35 000 kg."



Prends garde au môme... hein ! La Baïonnette, n° 124, novembre 1917. Ici, la caricature d'une munitionnette partant travailler dans les usines pendant que son mari s’occupe de leur enfant et de la maison.

  

  

 

Cette affiche publicitaire américaine fut crée en 1943 et représente une femme fière et décidée: Rosiethe Riveter qui a pour slogan "Nous pouvons le faire". Cette femme symbolise les 6 millions d'ouvrières américaines de l'industrie militaire et devint un icône du féminisme.

  

  

  

 
  • Les autres emplois des femmes

En outre, les femmes accèdent aussi à de nouveaux emplois dans les transports comme conductrices de tramways ou receveuses mais aussi dans les services publics, dans les bureaux, dans l’enseignement car elles sont désormais autorisées à enseigner dans les écoles pour garçons.



 

 

 

 

 

 

 

  1. Des femmes travaillant dans une usine de gaz asphyxiants.

  2. Des femmes travaillant dans un atelier de chargement de flammes du Bengale.

  3. Des femmes travaillant dans un atelier de fabrication de masques à gaz.

  4. Une femme travaillant dans un atelier de fabrication de fusées lumineuses.

  5. Une femme chimiste

 

  • Le rationnement et la récupération

Mais le rôle économique de la femme ne s’arrête pas là. Malgré les aides de l’Etat distribuées à plus de 115 000 femmes mobilisées en France, les vivres deviennent de plus en plus rares dans le pays. Les aliments et le matériel de guerre étant d’abord apportés à l’armée, les femmes sont appelées au rationnement et à la récupération pour favoriser l’économie.

 

 

 

Ceci est un exemple de bon de rationnement durant la seconde guerre mondiale dans la commune de Royan. On constate que le bon est sous-titré en Allemand . En effet, ce bon a été émis durant la période d’occupation de la France par les Allemands.

Source : www.nihart.com



 

Cette affiche publiée en 1943 appelle les Canadiennes à livrer bataille sur le front intérieur c'est-à-dire les logements. La récupération doit se faire impérativement car la guerre concerne autant les soldats que les femmes à la maison. Source : Bibliothèque et Archives du Canada



  

Cette affiche de Dick Williams faite en 1944 en pleine seconde guerre mondiale, invite la ménagère au rationnement avec un slogan clair : « Je suis une patriotique exemplaire et les bons de rationnement ne me font pas peur »

Source : Galerie de Boston Public Library

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